De prime abord, l’œuvre déconcerte.
Elle est presque entièrement constituée d'un
enchevêtrement de branchage nu, dont le sens nous
échappe.
La façon dont les brindilles entre elles sont reliées,
ligaturées, paraît à la fois très
précise et n'obéir à aucune règle
identifiable, si ce n'est celle d'une volonté pointilleuse,
qui doit bien avoir ses raisons. On pense à des lignes de
vie qui se coupent, dans un aléa d'instants qui acquiert
après coup une cohérence parfaite, de ce qui a eu
lieu, ainsi et pas autrement.
L'artiste est démiurge de sa création, lui seul
prescient, possède la signification a priori.
Les assemblages, de grande taille, définissent des volumes
importants, mais non massifs, car ils emprisonnent le vide. lui
donnent un contour fragmenté, fissuré,
écorché écorce arrachée, mais patent,
saisissable presque. Le néant a pris une forme, s'est
plié à une entreprise, s'est délimité.
C'est pour cette raison peut-être que, malgré les multiples intersections de traits, une étrange sérénité se dégage des figures; aucune ligne cassée, isolée, séparée, toutes se croisent, ce qui n'indique pas qu'elles s'affrontent, et s'allient en une architecture d'ensemble harmonieuse.
Nous nous sentons soudain morcelés devant une telle
unité, chaque élément en place et signifiant.
On se prend alors à douter, on se dit de ces objets,
exposés qu'ils vont s'envoler, disparaître, on a peur
tout à coup de les perdre, la fugacité d'un instant
de beauté, le soleil d'automne dans les gtouttes de pluie
qui, métamorphose, perlent et parent les feuilles du
marronnier dans la cour, un calme intérieur, une mise en
correspondance, qui ne va pas durer, retour à notre
incohérence, tragique.
Ces constructions paraissent légères, fragiles,
un coup de pied, un déménagement un peu brutal,
les volatiliseraient.
Ephémères et indestructibles: disloquées,
elles auront existé.