Enfant, à la fin des vacances, j’aimais passer en revue, une dernière fois, avant de retourner en ville, « les coins »où durant l’tété j’avais été particulièrement heureux. Généralement des bois, autour du village, que je connaissais fort bien pour les avoir parcourus dans tous les sens, parfois jusqu’à la nuit tombée, à jouer seul aux Indiens.
Une année, au terme d’une de ces ultimes reconnaissances, l’esprit un peu ailleurs mais dans une douce rêverie, je me retrouvai machinalement au pied d’un petit bois, en haut du village.
J’enjambai une souche et m’y enfonçai profondément sur une centaine de mètres. Puis, levant les yeux lentement vers le ciel, je réalisai soudain que les arbres, qui n’avaient pas dû remarquer ma présence, étaient en train de se parler, avec chaleur – comme les humains.
Enfant, j’ai pensé avoir rêvé et ce n’est que beaucoup plus tard, devant un lavis de Poussin et une peinture de Gauguin, que j’ai pu m’apercevoir que c’était arrivé à d’autres. Que j’avais eu beaucoup de chance et qu’il n’était pas totalement insensé d’essayer de retrouver, à tous prix, cette impression « d’avoir mis les doigts dans la prise ». Et aujourd’hui, c’est avec beaucoup de plaisir que je retrouve toutes ces émotions devant les sculptures d’Anne Mangeot. À son contact, les arbres vont plus loin : ils se mettent à aimer la danse, les pas précipités des danseuses, les longs bras des couples qui se font et se défont, dans la violence et l’explosion des échanges amoureux. Ce qu’elle aime, c’est ce mouvement qu’elle cherche à nous faire partager, dans chacune de ces sculptures.
Enfant, devant chez sa grand’mère, il y avait de grands arbres.
Des ormeaux, énormes comme des cathédrales !
Et ça a dû jouer…